Imaginez-vous au volant de votre voiture, serpentant sur la route côtière du nord de la Martinique, quand soudain la route s’arrête net. Vous voilà arrivé à Grand-Rivière, ce petit village de pêcheurs niché à l’extrême pointe nord de l’île, face à la Dominique. C’est ici que commence l’une des randonnées les plus spectaculaires des Antilles : le sentier du Prêcheur à Grand-Rivière, une marche qui vous mènera littéralement au bout du monde martiniquais.
Ce qu’il faut retenir- Distance : 12 kilomètres de sentier côtier sauvage entre les deux communes
- Durée : 4 à 6 heures de marche selon votre rythme et les pauses photos
- Difficulté : Modérée à difficile, avec passages rocheux et dénivelés
- Meilleure période : Saison sèche (décembre à mai) pour éviter les pluies tropicales
- Point de départ : Anse Couleuvre au Prêcheur ou le bourg de Grand-Rivière
Grand-Rivière : ce village qui vous surprendra
Avant de vous lancer sur le sentier, prenez le temps de découvrir Grand-Rivière. Ce petit bourg de 700 habitants, surnommés les Riverains, possède un charme authentique qui tranche avec les stations balnéaires du sud. Ici, pas de plages de sable blanc, mais une côte sauvage battue par l’Atlantique, où les pêcheurs partent encore à l’aube dans leurs yoles colorées.
L’église Sainte-Catherine, construite en 1847, domine le village de sa silhouette blanche. Juste à côté, l’ancienne mairie occupe l’emplacement d’une batterie militaire qui servait autrefois à repousser les attaques anglaises. Cette histoire mouvementée se lit encore dans les pierres du village, témoin de l’époque où la proximité avec la Dominique en faisait un point stratégique.

Mais ce qui frappe le plus à Grand-Rivière, c’est cette sensation d’être vraiment au bout du monde. La route s’arrête là, face à l’immensité de l’océan. Seul le sentier côtier continue, serpentant le long des falaises vers le Prêcheur.
Le sentier du Prêcheur : une aventure entre terre et mer
Le sentier qui relie Grand-Rivière au Prêcheur est bien plus qu’une simple randonnée : c’est un voyage dans le temps et l’espace. Vous marcherez sur les traces des anciens habitants qui utilisaient ce chemin pour rejoindre les habitations sucrières et cacaoyères dispersées le long de la côte.
Le parcours vous mène à travers une végétation luxuriante où se mêlent forêt tropicale et maquis côtier. D’un côté, l’océan Atlantique déploie sa puissance contre les rochers volcaniques, de l’autre, les contreforts de la Montagne Pelée s’élèvent majestueusement. Cette diversité de paysages fait de cette marche une expérience unique en Martinique.
Attention toutefois : ce sentier n’est pas une promenade de santé ! Les passages rocheux demandent de l’agilité, et certaines portions peuvent être glissantes, surtout après la pluie. Prévoyez de bonnes chaussures de randonnée et suffisamment d’eau, car il n’y a aucun point de ravitaillement sur le parcours.
Les incontournables du parcours
Plusieurs sites remarquables jalonnent votre progression. L’Anse Couleuvre, côté Prêcheur, offre une plage de sable noir volcanique encadrée de falaises vertigineuses. Plus loin, vous découvrirez les vestiges des anciennes habitations Beauséjour et Malakoff, témoins de l’époque coloniale où cette région prospérait grâce à la culture de la canne à sucre et du cacao.
Le point culminant de la randonnée reste sans doute la vue panoramique sur la Dominique. Par temps clair, l’île voisine semble si proche qu’on pourrait presque la toucher. Cette proximité explique d’ailleurs pourquoi Grand-Rivière fut longtemps un point de passage clandestin, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale.
Conseils pratiques pour réussir votre aventure
Pour profiter pleinement de cette marche exceptionnelle, quelques préparatifs s’imposent. Partez tôt le matin, idéalement vers 7h, pour éviter la chaleur de midi et bénéficier de la meilleure lumière pour vos photos. Le sentier est balisé, mais il vaut mieux être accompagné d’un guide local si vous n’êtes pas un randonneur expérimenté.
Côté équipement, privilégiez des vêtements légers mais couvrants pour vous protéger des branches et du soleil. Un chapeau, de la crème solaire et au moins 2 litres d’eau par personne sont indispensables. N’oubliez pas votre appareil photo : les paysages sont à couper le souffle !

Si vous venez en voiture, sachez que le stationnement peut être compliqué à Grand-Rivière, surtout le week-end. Arrivez tôt ou prévoyez de vous garer un peu à l’écart du centre-bourg. Pour le retour, vous pouvez soit refaire le chemin en sens inverse, soit organiser une navette entre les deux points.
Au-delà de la randonnée : découvrir le patrimoine local
Votre passage à Grand-Rivière ne doit pas se limiter à la randonnée. Ce village recèle de petits trésors qui méritent le détour. Commencez par flâner sur le petit port de pêche, où les yoles traditionnelles côtoient les embarcations plus modernes. L’ambiance y est particulièrement animée en fin d’après-midi, quand les pêcheurs rentrent avec leur prise du jour.
Les amateurs d’histoire apprécieront la visite de l’église Sainte-Catherine et de ses alentours, où subsistent quelques bâtiments coloniaux. Le cimetière, perché sur la colline, offre une vue imprenable sur la baie et constitue un témoignage émouvant de l’histoire locale.
Pour les plus curieux, une excursion vers les habitations Fond Moulin permet de découvrir les vestiges de l’époque sucrière. Ces ruines, envahies par la végétation tropicale, racontent l’histoire de cette région qui fut autrefois prospère grâce à l’agriculture.
FAQ
Peut-on faire cette randonnée toute l’année ?
Techniquement oui, mais je vous recommande vivement d’éviter la saison des pluies (juin à novembre). Les sentiers deviennent glissants et dangereux, et la visibilité est souvent réduite par les nuages. La période idéale s’étend de décembre à mai, quand les alizés rafraîchissent l’atmosphère et que les pluies sont moins fréquentes.
Faut-il obligatoirement un guide pour cette randonnée ?
Ce n’est pas obligatoire si vous êtes un randonneur expérimenté, car le sentier est globalement bien balisé. Cependant, un guide local apporte une vraie valeur ajoutée : il connaît les passages délicats, peut adapter l’itinéraire selon les conditions météo et vous fera découvrir l’histoire et la flore locale. Pour une première fois, c’est un investissement qui en vaut la peine.
Combien coûte cette excursion ?
Si vous partez en autonomie, seuls les frais de transport et d’équipement sont à prévoir. Avec un guide, comptez entre 40 et 60 euros par personne pour une sortie à la journée. Certaines agences proposent des formules incluant le transport depuis votre hébergement, ce qui peut être pratique si vous logez dans le sud de l’île.
Y a-t-il des alternatives plus faciles ?
Vous pouvez faire seulement une partie du sentier, par exemple jusqu’à l’Anse Couleuvre depuis le Prêcheur (environ 2h aller-retour). Ou encore explorer les environs immédiats de Grand-Rivière, avec de jolies balades le long de la côte qui ne demandent pas d’effort particulier.
Que faire si le temps se gâte pendant la randonnée ?
La météo peut changer rapidement en montagne tropicale. Si vous voyez des nuages noirs s’amonceler du côté de la Montagne Pelée, n’hésitez pas à faire demi-tour. Les orages peuvent être violents et rendre le sentier dangereux. Mieux vaut reporter l’excursion que de prendre des risques inutiles.
